Lettre ouverte à  monsieur le Président de la République, - Actualités de l'émigration

Lettre ouverte à  monsieur le Président de la République,

vendredi 11 mai 2001 à 04:42

par Tahar Khouas, Mouloud Mohla, Rachid Salhi et Ali Zamoum

En notre qualité de simples citoyens profondément attachés au progrès de notre nation, à son unité et à sa souveraineté dans le respect de toutes les composantes de son identité historique millénaire, nous venons par la présente démarche réaffirmer notre fidélité au combat du mouvement national révolutionnaire en vue de la fondation, de la préservation et du renforcement de l'Etat national républicain.




Profondément bouleversés par la mort violente de dizaines de citoyens, nous nous inclinons avec émotion devant leur mémoire et la douleur de leurs familles que nous assurons de notre fraternelle solidarité.




La tournure gravissime des événements vécus dans la région de Kabylie, nous fait devoir d'informer l'opinion publique nationale sur les risques de dérapage si des actions concrètes ne sont pas mises en oeuvre en urgence pour répondre positivement aux revendications légitimes de la population et de la jeunesse en particulier.




Si des mesures énergiques et hardies dans ce sens ne sont pas prises et annoncées rapidement, il est à redouter que d'autres violences et d'autres pertes en vies humaines seraient à déplorer à plus ou moins long terme, en Kabylie comme ailleurs dans le pays.




Des mesures encore plus décisives doivent être prises pour rompre avec les causes profondes de la crise qui ont acculé au désespoir toute cette jeunesse qui a cru pouvoir, par sa seule spontanéité jusqu'au sacrifice de sa vie, mettre un terme aux fléaux innombrables dont souffre la société algérienne dans son ensemble à travers la négation des droits démocratiques à l'identité culturelle, à l'équité sociale, à la liberté d'expression, à la sécurité des personnes et des biens.




Les dépassements inacceptables qui ont accompagné malheureusement toute cette masse juvénile spontanée sont une preuve de plus de la défaillance des instances naturelles d'orientation et d'encadrement des pouvoirs publics comme des politiques.




Est-il besoin de souligner que cette région, accablée comme ailleurs, par l'arbitraire administratif et judiciaire, subit en plus, depuis une décennie, l'humiliation d'un chantage permanent du terrorisme islamiste qui a trouvé dans ses montagnes un sanctuaire confortable pour de multiples raisons ?




Les timides moyens de lutte qu'oppose l'Etat pour la défense de la population a produit chez les catégories juvéniles un véritable traumatisme psychologique et moral disqualifiant à leurs yeux tous les symboles de l'Etat et les adultes en général, perçus comme incapables d'assurer leur protection contre la violence terroriste et incapables de proposer un projet d'avenir à ces générations.




Il faut voir dans la désinvolture et l'inefficacité de l'action sécuritaire de la gendarmerie autant que dans son arrogance et sa brutalité dans la vie quotidienne, les sources réelles de la colère des jeunes manifestants.




C'est à toutes ces questions vitales pour l'avenir de la nation, dont la sécurité et la cohésion sont déjà gravement menacées par le terrorisme islamiste et ses complices intérieurs et extérieurs, que toutes les forces patriotiques de notre peuple sont sommées d'apporter une réponse ferme dans le sens de la préservation de l'Etat républicain et de sa défense contre toutes les tentatives d'ingérence qui se manifestent déjà à visage découvert.




Il n'y a pas d'autre voie que la réhabilitation d'un projet patriotique ambitieux, à même d'ensemencer de nouveau dans le coeur de notre jeunesse désemparée un espoir d'avenir de travail, de progrès, socle préalable au retour d'une mystique de l'amour de la patrie et du respect de soi-même.




Monsieur le Président,




Dans cet esprit nous croyons possible et nécessaire de faire se mobiliser toutes les forces vives de la Nation et toutes les volontés acquises à une démarche d'apaisement et déterminées à contribuer au redressement de la situation politique, sociale et morale par la vertu de la persuasion et de l'exemple.




Aucun patriote ne saurait se dérober à un devoir civique, d'engagement sans restriction dans le combat pour la démocratie et la république en temps et lieux o๠il peut agir au mieux, c'est-à -dire au milieu des gens avec qui nous vivons et auxquels nous sommes profondément attachés.




Nous sommes aussi convaincus, qu'au préalable, un geste personnel de votre part, serait infiniment utile pour concrétiser la reconnaissance de l'identité Amazigh à la faveur de la modification de la Constitution annoncée dans le dernier discours que vous aviez adressé à la nation.




En référence à la mémoire historique des douars Souahlia et Djebailia des montagnes de Nedroma à Msirda, il coule de source que l'affirmation envers et contre tous­­ que les dialectes Amazigh, parce qu'ils ont été et sont encore sur toute l'étendue du territoire national, langues maternelles, sont par définition scientifique langues nationales, ne peut que vous être agréable.




A partir de là , la formalisation constitutionnelle d'une réalité historique et sociologique ne sera plus qu'une juste restitution à l'histoire de notre peuple de ce qui appartient depuis des millénaires à l'histoire de l'humanité.




Tout le reste apparaà®tra alors subsidiaire et affaire d'intendance juridique, réglementaire, linguistique, pédagogique sous la responsabilité des experts et l'aiguillon des passionnés du patrimoine.




Le bénéfice assuré d'une telle démarche sera d'ouvrir un champs prodigieux de créativité et de recherches aux franges les plus dynamiques des aires amzighophones et/ou non amzighophones de notre pays et libérera enfin, dans la sérénité retrouvée, la recherche scientifique sur les langues vernaculaires de la chape de plomb des tabous linguistiques et de l'inculture ambiante qui a prévalu jusqu'ici.




Cette tà¢che primordiale d'intérêt national exige une prise en charge par l'ensemble de la nation. Encore faut-il que l'engagement total des pouvoirs publics soit acquis pour en communiquer le sens à chacun et parvenir à l'adhésion de tous : tels sont les termes du défi qu'il faut relever. C'est également là le seul chemin pour renouer avec l'espoir.




Oui, le retour de l'espoir exige le préalable de réparation de la blessure identitaire et sécuritaire qui n'a que trop duré. Mais la véritable solution ne peut être que dans le changement radical de la situation économique et sociale de la région et des populations.




Naturellement, une conception démocratique du développement économique et social implique des cadres de participation des populations intéressées à travers les instances réellement représentatives, institutionnelles, professionnelles, société civile, etc. Mais surtout une rupture définitive avec les idéologies assistancielles qui ont caractérisé l'action économique et sociale de l'administration depuis l'indépendance. Seule la réhabilitation du travail comme instrument de libération et d'autonomie individuelle et collective de chaque femme et de chaque homme de notre pays peut assurer la mobilisation de notre peuple et donner un sens à l'action de l'Etat.




En corollaire à cette véritable révolution morale qui rétablira dans la jeunesse les repères fondamentaux du mérite et de la vertu par le travail, la lutte contre la corruption qui gangrène au quotidien tous les niveaux de fonctionnement de l'Etat doit être engagée courageusement en appui sur toutes les initiatives populaires organisées dans le cadre associatif réglementaire ou traditionnel comme les djmaà¢tes des villages dont il serait souhaitable d'enrichir le fond et la forme de leur intervention dans le sens de la consolidation de la démocratie et de l'Etat de droit.




Le potentiel considérable de progrès constitué par les aspirations des mouvements féminins au progrès social et culturel appelle un soutien privilégié des pouvoirs publics pour favoriser son expression pleine et entière pour faire barrage à toutes les tentations de régression obscurantiste et accélérera l'accès de la société algérienne à la modernité.




Toutes ces mesures prioritaires de redressement ont besoin d'une très large diffusion dans l'opinion mais cette communication ne peut être portée avec succès que par des partisans convaincus de la démocratie et de la justice, disons clairement par des citoyens acceptant les risques d'une telle entreprise dans les circonstances actuelles.




Un signal fort est requis dans ce sens des plus hautes autorités de l'Etat républicain, incarnées par le Président de la République, pour ouvrir dans les médias publics(presse écrite, radio télévision) des tribunes d'expression ouvertes aux associations et aux personnalités s'engageant à se battre pour ces mesures de salut public en toute liberté et naturellement en toute responsabilité, conformément à un code de l'éthique à définir.




Telles sont les pistes qui nous sont apparues dans l'urgence susceptibles d'ouvrir le champ de réconciliation entre l'Etat et la société afin de mettre un terme au dramatique processus de dérives que la Nation vient de subir.




Fait à Tizi-ouzou, le 11 mai 2001.




Tahar Khouas, fonctionnaire

Mouloud Mohla, expert

Rachid Salhi, médecin

Ali Zamoum, retraité




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