Le devoir de mémoire et de vérité - Actualités de l'émigration

Le devoir de mémoire et de vérité

lundi 16 octobre 2006 à 01:18
A l'occasion du 45eme anniversaire des manifestations du 17 octobre 1961, l'UAFE a rendu hommage aux victimes de la répression sanglante orchestrée par le préfet de police Maurice Papon et qui a fait des centaines de victimes. Dans une déclaration rendue publique le 14 octobre, l'UAFE apporte son soutien aux initiatives des organisations oeuvrant pour que justice soit rendue aux victimes de ce massacre.
Depuis l'accession de l'Algérie à l'indépendance, la date historique du 17 octobre est commémorée en Algérie et en France. Cette année, de nombreuses associations, partis politiques et syndicats français ont appelé à un rassemblement à Paris pour « exiger la reconnaissance officielle du crime commis par l'état français » colonial le 17 octobre 1961 à Paris, lorsque des centaines d'Algériens furent massacrés par la police.

Le 5 Octobre 1961, Maurice Papon, alors Préfet de police de Paris, a interdit aux travailleurs algériens, ayant à l'époque la qualité de français musulmans d'Algérie, de circuler entre 20h30 et 05h30 du matin et a ordonné la fermeture des débits de boissons tenus et fréquentés par les algériens et l'interpellation de tout Algérien circulant en voiture avec la mise en fourrière immédiate du véhicule.

Pour dénoncer ce couvre-feu raciste que voulait leur imposer arbitrairement le Préfet de police Maurice Papon, une grande manifestation pacifique fut organisée à Paris le 17 octobre 1961 pour exiger l'annulation de ces mesures iniques et discriminatoires à l'encontre des seuls algériens et l'ouverture de négociations avec le Front de Libération Nationale (FLN) pour mettre fin à la guerre d'Algérie et reconnaître le droit du peuple algérien à l'autodétermination et à l'indépendance.

La manifestation a rassemblé dans les principales artères parisiennes plusieurs milliers d'algériens résidant à Paris et en banlieues. La manifestation pacifique s'est heurtée à une répression aveugle, d'une violence inouïe. Les forces de police ont tiré à l'arme automatique sur les manifestants désarmés et sans défense. Le bilan de cette répression fut très lourd et horrible. Des centaines de morts, de disparus, de blessés et plus de 14 000 Algériens ont été arrêtés, conduits et parqués au Palais des sports de la Porte de Versailles, au stade Jean Bouin et au Centre de tri de Vincennes. Ils ont été torturés,maltraités et privés de nourriture. Plusieurs blessés sont morts faute de soins. La majorité des 14 000 Algériens arrêtés le 17 octobre et les jours suivants ont été rapatriés en Algérie et internés dans des camps de concentration.

Le 17 octobre 1961, des policiers sous les ordres du Préfet Maurice Papon, couverts par les plus hautes autorités de l'état, donnèrent libre cours à leurs instincts criminels, tuant et jetant dans les eaux de la Seine hommes, femmes, jeunes et vieux manifestants ou non manifestants. Il suffisait d'avoir un « faciès » d'Algérien pour mourir ce jour-là à Paris, ville des lumières et capitale des droits de l'homme, sous le regard d'une population parisienne inerte, anesthésiée par la propagande coloniale. Les massacres commis le 17 octobre 1961 ont été longtemps occultés, voir niés. Aujourd'hui encore on cherche à trouver des justifications aux assassins et aux tortionnaires, voir même à glorifier le colonialisme (loi du 23 février 2005).

A la veille du 17 octobre 2006, des associations, des partis politiques et des syndicats français ont rappelé dans une déclaration commune que le 17 octobre 1961, des dizaines de milliers d'Algériens ont manifesté pacifiquement à Paris contre le couvre-feu discriminatoire qui venait de leur être imposé par Maurice Papon, Préfet de police de Paris alors qu' «.. Ils défendaient leur droit à l'égalité, leur droit à l'indépendance et le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Ce jour-là et les jours qui suivirent, des centaines de ces manifestants furent tués par des policiers aux ordres de leurs supérieurs. Des milliers ont été arrêtés, emprisonnés, torturés, nombres d'entre eux ont été refoulés en Algérie ». Ces associations affirment que « 45 ans après, la vérité est en marche mais la France n'a toujours pas reconnu sa responsabilité dans les guerres coloniales qu'elle a mené, en particulier dans la guerre d'Algérie et dans le cortège d'horreurs qu'elle a entraîné, ni dans ce crime d'état que constitue le 17 octobre 1961 ... Certains osent continuer à parler des bienfaits du colonialisme » et soulignent que « le devoir de mémoire s'impose pour cette période sombre de notre histoire comme il s'est imposé pour la période de la collaboration vichyste avec l'Allemagne nazie ». Les signataires de la déclaration ont ajouté que « Ce n'est qu'à ce prix que pourront disparaître les séquelles les plus graves de la guerre d'Algérie : le racisme dont sont victimes aujourd'hui les ressortissants d'origine algérienne ou, par extension, du Maghreb ou d'anciennes colonies ».

Ils appellent à un rassemblement le 17 octobre prochain pour « exiger la reconnaissance officielle du crime commis par l'état français les 17 et 18 octobre 1961, la liberté d'accès effective aux archives pour tous les historiens et citoyens et un lieu de mémoire en souvenir des victimes du colonialisme ».

En ce 45ème anniversaire, nous tenons à rendre un vibrant hommage aux victimes de la répression de la manifestation du 17 octobre 1961. Nous appelons les Algériennes et les Algériens à commémorer cette date historique et à participer nombreux au rassemblement de Paris, à l'initiative de ces associations, partis et syndicats et à toutes les rencontres organisées à l'occasion du 17 octobre pour exiger la reconnaissance officielle des crimes perpétrés par l'état français à l'encontre du peuple algérien.

Union des Algériens en France et en Europe

Paris, le 14 octobre 2006
Posté dans FRANCE
kinoute