Déclaration de l'Union des Algériens en France et en Europe (UAFE) - Actualités de l'émigration

Déclaration de l'Union des Algériens en France et en Europe (UAFE)

jeudi 19 juin 2008 à 12:48
Le colloque sur la communauté algérienne établie à l'étranger

C'est par les médias que l'UAFE a appris la tenue d'un colloque sur « les Algériens de l'étranger » organisé par la commission des affaires étrangères, de la coopération et de l'émigration de l'Assemblée Populaire Nationale, les 1er et 2 juin 2008 à Alger.

Tout d'abord il faut déplorer que cette manifestation, sur un thème aussi important que la gestion de la communauté algérienne établie en France et plus généralement à l'étranger, ait été organisée en catimini, en dehors de toute concertation et communication en direction de notre immigration et des principales organisations la représentant. Ces pratiques sont à l'image de ce désengagement de l'organisation et du soutien au mouvement associatif de la communauté algérienne établie à l'étranger, et particulièrement en France, au profit d'une gestion administrative classique inadaptée à la nouvelle situation, issue des changements institutionnels intervenus dans le pays depuis maintenant deux décennies.

Pour rappel en mai 1995 les autorités prenaient l'initiative d'organiser à Alger des assises de l'émigration qui ont été malheureusement marquées par l'improvisation et les méthodes bureaucratiques. La mise en place d'un Conseil Provisoire de Coordination et de Suivi (CPCS), coupé des réalités de la communauté, a accéléré le processus d'émiettement du mouvement associatif et a conduit inévitablement à un échec patent et prévisible que nous avons d'ailleurs dénoncé à l'époque.

Il semblerait que cette expérience, pour ne citer que celle-ci, n'a pas servie de précédent pour clarifier le débat sur cette partie intégrante de notre peuple; partie intégrante qui a toujours affirmé son attachement à l'Algérie et à la patrie. Sans donner dans la nostalgie, les activités sportives, les colonies de vacances et les circuits Connaissance de l'Algérie au profit de la jeunesse issue de l'émigration, développés auparavant par l'Amicale des Algériens en Europe et transférés aux organismes compétents de l'état, ont tout simplement disparu.

L'enseignement intégré de la langue arabe a connu une déperdition importante des effectifs et il se déroule dans une opacité totale, résultant de sa déconnexion des relais associatifs qui constituaient jusque-là son principal support. A cela s'ajoute la perte de la résidence universitaire des étudiants à Paris pour cause de gestion catastrophique des services concernés de l'état. Les résultats de cette politique sont implacables : la jeunesse est délaissée et on assiste à l'abandon presque total de nos anciens et vieux travailleurs qui ont consenti d'énormes sacrifices pour le pays par l'apport de leurs labeurs et surtout par leur militantisme pour la cause nationale et l'indépendance du pays. Aujourd'hui, ils sont oubliés alors que beaucoup d'entre eux ont besoin du soutien de leur pays pour les accompagner et les aider à résoudre les problèmes auxquels est confrontée cette génération mémoire de notre émigration.

La communauté algérienne établie en France, où réside près de 2 millions de nos ressortissants, connaît une certaine dynamique associative pour la défense de leurs droits, la propagation de leurs idées, l'organisation de leur culte, la réalisation commune d'un dessein collectif et la recherche d'intérêts économiques, culturels ou sociaux. C'est donc tout un tissu associatif qui est régi par le droit du pays d'accueil. Aussi, il y a lieu de réfléchir à un cadre qui permettrait d'éviter toute ingérence extérieure sur des organisations dont les responsables administratifs ont la qualité d'ester en justice.

Afin d'encourager et d'accompagner le regroupement de la communauté émigrée, ce n'est pas tant les associations qu'il faut organiser ou structurer, car elles ont leur propre mode de fonctionnement et souvent elles dépendent de fédérations nationales. Pour renforcer leurs démarches il faut une réelle volonté politique qui tienne compte des changements institutionnels instaurant le pluralisme et la liberté d'association ; cela nécessite une redéfinition et une refonte des structures diplomatiques et consulaires. Aussi, ce n'est pas « un observatoire » de la communauté algérienne établie à l'étranger qui marquerait cette volonté politique mais plutà´t une institutionnalisation effective d'un Conseil national de l'émigration doté de pouvoirs réels, maintes fois exigé par le mouvement associatif de la communauté algérienne établie à l'étranger. Cet organisme est indispensable pour concevoir et coordonner une véritable politique nationale en direction de notre communauté émigrée.

élection pour le renouvellement des instances dirigeantes du CFCM

Le 8 juin 2008 se sont déroulées en France les élections pour le renouvellement des instances dirigeantes du Conseil français du culte musulman (CFCM). La Fédération nationale de la Grande Mosquée de Paris (FNGMP) a annoncé auparavant sa décision de boycotter ces élections en rejetant le critère d'élection basé sur les dimensions des lieux de culte en France (surface au mètre carré).

L'islam, deuxième religion de France par le nombre de ses pratiquants, en dépit de quelques progrès, reste confiné dans des lieux de culte inadaptés (sous-sols des cités où hangars et garages dans les villes) à cause de l'incompréhension et de l'hostilité d'un grand nombre de municipalités. Celles-ci s'opposent par des manoeuvres dilatoires à l'édification de véritables mosquées dans leur localité où réside pourtant une importante communauté musulmane. Et quand des mosquées dignes de ce nom se construisent, dans la plupart des cas, elles sont rapidement transformées en SCI et deviennent la propriété personnelle de "nouveaux marchands du Temple".

Les lieux de culte constituent le critère principal pour les élections au CFCM. De ce fait, l'organisation qui anime et contrà´le la majorité de ces lieux de culte détiendra toujours la majorité des sièges au CFCM. Ce mode d'élection est la source même de toutes les luttes d'influence et suscite les divisions au sein de la communauté musulmane.

En fait comme toutes les autres grandes religions, l'islam a besoin de lieux de culte adaptés et dignes, et d'une instance représentative incontestée. Or, sur ces questions importantes, l'islam de France est dans une situation inégale par rapport aux autres grandes religions.

Il faut une représentation démocratique de l'ensemble de la communauté musulmane, qui tienne compte de sa diversité et du poids de chacune de ses composantes. Le CFCM dans sa conception et son fonctionnement n'est que l'expression administrative d'une nostalgie des « bureaux arabes ».

Pour que cette représentation soit crédible et incontestée, les pouvoirs publics français doivent assurer l'expression libre et sereine de la majorité de la communauté musulmane, dans le cadre d'un débat transparent, pour que les musulmans de France se dotent d'un organisme apte à diffuser le message authentique de l'islam, celui de la paix et de la fraternité entre les hommes, dans le respect des lois républicaines.

Pour atteindre cet objectif, il faut revoir le mode d'élection, actuellement indexé sur la surface des lieux de culte, qui est l'objet de luttes d'influence et de divisions contraires aux intérêts de la communauté musulmane de France. Cette démarche ouvrirait une voie harmonieuse à l'intégration au sein de la société d'une minorité naturellement regroupée autour des éléments de son identité. L'organisation des prières du TARAWIH pendant le mois du Ramadan et la célébration de l'Aà¯d El-Adha constituent, pour la communauté musulmane, le meilleur exemple de la communion fraternelle que véhicule le message de l'islam. Cela étant, le boycott, par La Fédération nationale de la Grande Mosquée de Paris (FNGMP) des élections pour le renouvellement des instances dirigeantes du CFCM, ne peut avoir comme seul argument le mode électif. D'ailleurs, le bureau exécutif du CFCM n'est pas élu par le conseil d'administration, mais coopté. C'est cette cooptation qui a permis par le passé au président de la FNGMP de présider le CFCM.

D'autre part, ce boycott prive les structures régionales dépendantes de la Grande Mosquée de Paris d'être présentes dans les conseils régionaux du CFCM. Par contre le mécanisme de la cooptation et les statuts du Conseil Français du Culte Musulman permettront à la Fédération Nationale de la Grande Mosquée de Paris de continuer à siéger dans le nouveau Conseil du CFCM issu des dernières élections.

Ces incohérences de la gestion du culte musulman, connues par les autorités de notre pays et cautionnées par un financement des activités de la Grande Mosquée de Paris, ouvre la voie à la prise en main du culte musulman en France par des structures associatives peu représentatives. Ce qui a conduit à des échecs répétés, dont l'une des dernières illustrations est l'absence de la GMP aux élections du CFCM. En réalité, le boycott de la fédération de la Grande Mosquée de Paris lui a permis tout simplement d'éviter un camouflet à ces élections du CFCM. Car cette structure bureaucratique est absente dans la majorité des lieux de culte de l'Hexagone. Elle souffre d'un manque de représentativité malgré les soutiens des pouvoirs publics dont elle a toujours bénéficié. A présent, il est urgent de revoir toute cette démarche si on veut reprendre la première place qui doit revenir à notre communauté qui est la plus importante en France. En cette année 2008, à l'aube d'enjeux internationaux évidents, il est temps de mettre fin à l'improvisation et à la confusion en dotant notre communauté d'un organisme représentatif, lieu de débat, d'évaluation et de suivi d'une politique nationale en faveur de l'émigration algérienne qui constitue un atout majeur et une chance pour le pays.

Dans cette perspective, les associations regroupées au sein de l'UAFE expriment à nouveau leur disponibilité à participer à toute initiative des autorités de l'Etat visant à créer les conditions du rassemblement de la communauté de manière démocratique et en toute transparence.

Paris, le 12 juin 2008

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