Union des Algériens en France et en Europe - Actualités de l'émigration

Union des Algériens en France et en Europe

dimanche 1 novembre 2009 à 15:49
Déclaration de l'Assemblée de L'UAFE

l'Assemblée de l'union des Algériens en France et en Europe s'est réuni à Metz le 1er novembre 2009 pour commémorer le 55ème anniversaire de la guerre de libération nationale qui a mis fin à 132 ans de domination et d'oppression coloniales. En cette date historique, nous pensons en premier lieu aux sacrifices énormes consentis par le peuple algérien pour reprendre en main sa destinée et arracher sa liberté longtemps confisquée par l'occupant français.

Le devoir de mémoire et la fidélité aux idéaux de novembre 54 doivent nous inciter à évaluer le chemin parcouru par notre pays. Depuis plus d'un demi-siècle, l'Algérie a certes fait des avancées dans les domaines économique, social et culturel. Aujourd'hui nous sommes interpellés par les problèmes et les préoccupations de la population confrontée à la crise sociale, après plus d'une décennie d'actes de violence et de tragédies qui ont fait des dizaines de milliers de victimes innocentes et qui ont causé le départ de milliers de cadres et d'intellectuels fuyant le pays pour s'installer à l'étranger.

Partant de ce constat, il est urgent d'ouvrir à notre peuple des perspectives à même de lui redonner confiance en sa capacité à penser et à construire un projet de société empreint de liberté, de progrès et de justice sociale. Pour atteindre ces objectifs, il faut agir et rassembler les citoyens qui aspirent à des changements réels. C'est autour de ces préoccupations que nous nous sommes réunis en assemblée pour célébrer la fête nationale et débattre des problèmes que vit notre communauté établie en France.

Au cours de la dernière décennie, le processus d'intégration des populations issues de l'immigration a connu des avancées importantes, marquées par des réussites dans tous les secteurs de la vie économique, sociale et culturelle. Mais ces réussites ne sauraient occulter les difficultés que rencontre la majorité des jeunes issus de l'émigration dans les domaines de la scolarité, de la formation et de l'emploi. Les mesures prises pour lutter contre la marginalisation dans les quartiers populaires n'ont pas réussi à résoudre les problèmes liés à l'insécurité et à l'exclusion sociale. L'absence des services publics de proximité dans ces quartiers n'a fait qu'accentuer le sentiment d'abandon des populations issues de l'immigration.

Tout comme les autres populations immigrées, la communauté algérienne vit des problèmes cruciaux tels que le chômage qui touche majoritairement les jeunes, lesquels sont souvent la proie des fléaux sociaux et de déséquilibres liés à l'absence de repères identitaires. Cette situation est la conséquence des difficultés socio-économiques des quartiers populaires qui connaissent une violence urbaine endémique. Plusieurs jeunes sont morts dans des conditions dramatiques impliquant parfois des policiers. Ces actes, d'une extrême gravité, engendrent des protestations et parfois des émeutes qui embrasent plusieurs quartiers comme ce fut le cas en 2005.

Actuellement, le ministre de l'émigration a ouvert un grand débat sur l'identité nationale. Alors que les jeunes issus de l'immigration maghrébine sont souvent stigmatisés dans des discours politiques sur des questions d'identité et d'intégration aux visées assimilationistes. Ceci ne fait qu'attiser les tensions. Les pouvoirs publics doivent revoir leur politique pour panser les plaies d'un tissu social déchiré, de rétablir l'école dans son rôle premier de moyen de promotion sociale en veillant au respect des conditions d'égalité des chances pour tous, de permettre au plus grand nombre d'accéder à une formation qui s'inscrit dans la perspective du développement et de lutter résolument contre les discriminations.

Les autorités du pays d'accueil doivent aussi prendre en considération dans leur politique d'intégration les cultures d'origine car une intégration réussie suppose la connaissance et la préservation de la culture d'origine. C'est sur ce socle que l'homme peut s'ouvrir sans complexe à la société, s'y intégrer et lui apporter la richesse de la civilisation dont il est issu. A cet égard, l'islam, deuxième religion de France, fait souvent l'objet d'attaques et d'amalgames au nom de la laïcité que certains n'hésitent pas à ériger en idéologie contre l'islam. Pourtant, l'immense majorité des musulmans de France s'inscrit dans la modernité. Afin de consacrer à l'islam une place au même titre que les autres grandes religions, il faut des lieux de culte dignes et en nombre suffisant pour permettre aux musulmans de pratiquer dans un esprit d'ouverture, de tolérance et dans le respect des lois républicaines.

De plus, l'organisation de l'islam de France reste fragile et fait l'objet de luttes d'intérêts et de clans sur les plans interne et externe. Pour que le CFCM soit démocratique et représentatif de toutes les composantes de la communauté musulmane de France, les pouvoirs publics doivent contribuer dans un cadre réglementaire à revoir son mode d'élection. La communauté algérienne de France, composée de ressortissants nationaux et binationaux, est la communauté la plus ancienne et la plus nombreuse comparée aux autres populations issues du Maghreb. De ce fait, elle est en droit de revendiquer une place qui corresponde à son importance et à son histoire dans les instances du Conseil Français du Culte Musulman (CFCM).

Depuis les changements institutionnels instaurant le pluralisme et la liberté d'association intervenus en Algérie, l'organisation de notre communauté s'est retrouvée confrontée à un double défi : d'une part, gérer le désengagement des pouvoirs publics à son égard, et d'autre part, faire face dans des conditions difficiles aux brusques changements intervenus dans la structure du mouvement associatif. L'absence d'une structure reconnue a privé nos ressortissants émigrés d'un cadre organique capable de défendre leurs intérêts matériels et moraux, particulièrement lorsqu'ils sont victimes d'actes de violence graves, comme ce fut le cas à Argenteuil, lors d'un contrôle de police qui a coûté la vie à un retraité algérien.

Par ailleurs, depuis les années quatre-vingt-dix, un nombre important de ressortissants algériens sans papiers vivent dans la précarité et ils sont souvent à la merci des marchands de sommeil et du travail au noir. Ne bénéficiant d'aucune protection, ils sont exposés à des drames humains sans précédent dans l'histoire de l'émigration. Les pouvoirs publics doivent intégrer dans leurs préoccupations la prise en charge de cette composante de la communauté nationale.

Tenant compte de ces changements, notre organisation a fait des propositions pour créer un cadre fédérateur du mouvement associatif et appelé les autorités à dégager une politique nationale de l'émigration. Après l'annonce faite dernièrement par les autorités de la prochaine constitution du Conseil National Consultatif de la communauté algérienne à l'étranger, l'UAFE se félicite de cette décision qui permettrait de combler le vide politique qui dure depuis deux décennies. Notre communauté a une longue tradition de lutte et d'organisation et fait partie intégrante du peuple algérien. Elle est riche et diverse. Sa binationalité lui confère une place de choix dans les rapports franco-algériens et les relations entre les deux rives de la Méditerranée.

L'assemblée de l'UAFE réunie à Metz le 1er Novembre, après avoir écouté l'exposé du président de l'union et débattu largement des questions qui préoccupent nos ressortissants, a renouvelé sa confiance à la direction du mouvement et lui recommande d'oeuvrer pour assurer la participation des associations membres de l'Union des Algériens en France et en Europe à la mise en place du Conseil National. Par ailleurs, l'UAFE considère que la participation effective de tous les représentants du mouvement associatif à la création de cet organisme est indispensable, pour garantir la représentation démocratique de toutes les composantes de la communauté nationale à l'étranger.

Metz, le 1er Novembre 2009

Posté dans ACCUEIL
kinoute